Psychologie de la personne en surpoids

Lorsque l’on vient d’une famille où le surpoids est devenu une fatalité, il est souvent difficile de sortir de ce modèle. « Rompre la chaîne » vous permettra d’écrire les propres pages de votre histoire, et de vivre en dehors du mal-être et de la frustration. Faites-vous confiance, vous en êtes capable !
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Entretien avec Sophie Cadalen, psychanalyste

Vouloir maigrir lorsqu’on vient d’une famille en surpoids, qu’est-ce que cela implique ?
En psychanalyse, on appelle ça « rompre la chaîne ». Il faut que l’individu s’autorise à sortir de la fatalité qui lui pèse, à s’affranchir de ce sentiment de répétition implacable. « Rompre la chaîne », c’est l’autorisation d’écrire sa vie et son physique autrement, une autorisation que l’on se donne à soi-même. C’est se permettre de s’inventer une histoire qui n’a pas été prémâchée, dont les grandes lignes n’ont pas été connues d’avance : « Je ne suis pas identifiable à mon poids, je peux être différent. » C’est oser la page blanche (même si elle n’est jamais tout à fait blanche, car nous venons tous de quelque part).

Il est important de veiller à ce que ce désir d’être différent ne soit pas une réaction anxiogène : « Je suis terrifiée de ressembler à mes proches, à là d’où je viens. » Dans ce cas, l’individu n’est pas dans un processus de « rupture de la chaîne » mais dans un contre-pied. Prendre le contre-pied, c’est se dire : « Je ne serai pas comme vous ! » Rompre la chaîne, c’est se dire : « Je ne suis pas obligée d’être comme vous. » C’est une petite nuance, mais ce n’est pas la même démarche. En prenant le contre-pied, on est encore dépendant du modèle familial, puisqu’on se définit par rapport à lui, on est loin d’en être affranchi. C’est une position adolescente, bravache, un peu provocatrice, qui n’est jamais très assumée. Elle peut provoquer des effets « yoyo », c’est-à-dire une perte et une reprise rapide de poids.

Pourquoi est-il si difficile de se distinguer du modèle familial, quand toute la famille est en surpoids ?
Il est toujours ardu de sortir du chemin tout tracé. C’est inconsciemment rassurant de penser qu’on s’inscrit dans un modèle, même s’il a ses inconvénients, comme celui du surpoids. Rassurant car cela permet de s’identifier facilement, de se dire : « Je viens bien de là. » On appelle ça en psychanalyse : « l’instinct de conservation ». Il nous souffle de ne pas bouger de notre pré carré, notre crainte ne pas être à la hauteur retenant elle aussi tout élan. Il faut apprendre à se faire confiance pour oser se distinguer du modèle familial.
Une fois brisées nos chaînes inconscientes, on pourra organiser notre vie sans être entravé par la frustration, le mal-être, et vivre au sein d’une famille sans que d’obscures culpabilités ou d’incompréhensibles ressentiments ne polluent nos relations.

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“C’est inconsciemment rassurant de penser qu’on s’inscrit dans un modèle, même s’il a ses inconvénients, comme celui du surpoids. Il faut apprendre à se faire confiance pour oser se distinguer du modèle familial”

Sophie Cadalen, psychanalyste

Qu’est-ce qui nous empêche de changer sur le long terme ?
Chacun est capable de faire un effort, par exemple une très grosse séance de sport ou un régime strict. Mais cela ne fonctionne que sur le très court terme. Les changements sur le long terme, même petits, parlent d’une remise en question beaucoup plus profonde. Cela provoque en nous des résistances.
Paradoxalement, c’est aussi à ce moment-là que l’on réalise qu’on ne veut pas vraiment changer, et on découvre alors des résistances insoupçonnées. On pensait consciemment vouloir changer, mais au fond, toutes ces râleries sur notre poids, nos mauvaises habitudes, nos petits échecs ont quelque chose de rassurant.
Tiraillé entre un instinct de conservation qui est souvent très fort : « Je sais comment je fonctionne comme ça, je sais que plusieurs choses ne vont pas, mais je connais » et une envie de changement, on aime ce terrain familier. Mais pour que des choses nouvelles arrivent, il faut en sacrifier d’autres. Le terrain connu nous rassure, même s’il nous embourbe dans des schémas où l’on ne se sent pas bien.

 

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“Les changements sur le long terme, même petits, parlent d’une remise en question beaucoup plus profonde. Cela provoque en nous des résistances.”

Sophie Cadalen, psychanalyste