Surpoids et estime de soi

Pour certaines personnes en surpoids, la différence est une véritable souffrance, qui s’accompagne le plus souvent d’une mauvaise estime de soi. Société, famille, médecins… tous, par des préjugés négatifs, peuvent participer à ce mal-être… Et la perte de poids ne suffira pas forcément à rétablir leur image.
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Entretien avec Laurence Haurat, psychologue-nutritionniste et Sophie Cadalen, psychanalyste.

Les personnes en surpoids souffrent-elles forcément d’une mauvaise estime d’elles-mêmes ?

Non, certaines personnes vivent bien avec leur surpoids. Mais ce ne sont pas celles que je rencontre dans mes consultations. Ce sont des gens qui sont dans une démarche de demander de l’aide : ils souffrent de leur surpoids et généralement cela s’accompagne d’une mauvaise estime de soi. Ce n’est pas surprenant. La société porte un regard négatif et accusateur sur les personnes en surpoids, qui souvent vont intégrer cette image dégradée d’elles-mêmes.

Dans la construction de soi, ce n’est pas simple de gérer son surpoids ou son obésité. C’est sortir de la norme et comme toutes les différences, elle n’est pas facile à assumer, surtout dans notre société où les médias véhiculent des images de beauté où règne toujours la minceur. Ces clichés sont assimilés dès le plus jeune âge. Des tests menés sur des enfants de 5 ans montrent qu’ils associent le terme « obèse » à des adjectifs péjoratifs comme « paresseux », « pas courageux », « sale ».

Parfois, dans la sphère familiale, aussi, on transmet cette image négative. Certains parents ne se reconnaissent pas dans leur enfant en surpoids. Il n’est pas celui dont ils rêvaient. Les parents eux-mêmes en surpoids se disent souvent : « j’attendais mieux pour mon enfant, je sais qu’il va rencontrer des difficultés dans la vie à cause de son poids ». Les enfants ressentent très jeunes ces déceptions.
Même les médecins véhiculent parfois ces préjugés négatifs sur les personnes en surpoids.

La perte de poids s’accompagne-t-elle forcément d’une amélioration de l’estime de soi ?

Souvent les personnes en surpoids imaginent qu’elles se sentiront mieux dès qu’elles seront débarrassées de leurs kilos. Mais ce n’est pas automatique, car l’estime de soi dépend de nombreux facteurs, comme le regard de nos proches, le regard de la société, nos expériences de vie. C’est un élément de la personnalité, qui se construit dès la naissance. Donc avoir une bonne image de soi est un processus long qui ne dépend pas que de la perte de poids. La preuve : certaines personnes en surpoids se sentent bien dans leur corps. Elles ne se vivent pas comme « grosses » ou « obèses ». Elles s’identifient d’abord comme des femmes, des créatrices, des littéraires… Résultat, elles induisent un autre regard sur elles. À l’inverse, être mince ne garantit pas d’avoir une bonne image de soi.
Autre raison : aujourd’hui les gens maigrissent vite. Ils sont dans la performance, dans la rapidité. Souvent, ils n’ont pas le temps de faire évoluer leur représentation corporelle.

Est-ce que le sport permet d’avoir une meilleure estime de soi ? L’avis de Sophie Cadalen, psychanalyste.
Je pense qu’à tout âge, le sport peut aider à s’approprier son corps, ce qui aide à se sentir mieux, à retrouver une estime de soi. Tout le monde a un rapport étrange à l’image de son propre corps. Déjà parce qu’on ne le voit pas vraiment. Combien de fois des femmes se plaignent d’être grosses alors qu’elles ont une silhouette très fine. Alors il faut choisir, soit de poursuivre un modèle imposé qui n’existe pas, soit d’apprendre à vivre avec lui et à l’aimer. C’est une construction permanente, on n’a jamais fini de connaître son corps. Cela nous est tous arrivé à un moment de notre vie de « marcher à côté de notre corps », de se dire a posteriori : « là je n’y étais pas vraiment ». Le sport est un bon moyen d’habiter son corps, de ne faire qu’un avec lui.