Cheville gonflée après la course : causes et que faire
4 novembre 2026 · 7 min de lecture · Hermine Moulin

Les chaussures à peine retirées, la malléole a disparu sous un bourrelet tiède, ou bien la cheville ne gonfle que le soir, sans faux pas ni chute. Une cheville gonflée après la course a des origines très différentes, de l’entorse bénigne au problème veineux, et le gonflement lui-même ne permet pas de trancher : il peut être discret dans un cas grave et spectaculaire dans un cas qui se soigne chez soi. Ce sont les signes qui l’accompagnent qui orientent la suite.
En bref
- Après une torsion ou une douleur osseuse, la question décisive n’est pas la taille du gonflement mais la capacité à s’appuyer : si vous ne pouvez pas faire 4 pas, ou si la palpation d’un os de la cheville ou du pied est douloureuse, une consultation avec radiographie s’impose (critères d’Ottawa).
- En l’absence de ces signes, les premiers soins reposent sur le protocole GREC : Glace, Repos, Élévation, Compression, avec réévaluation entre le troisième et le cinquième jour.
- Une seule jambe gonflée, avec une douleur profonde, de la chaleur, une rougeur ou une douleur du mollet, impose une consultation médicale en urgence ; un essoufflement ou une douleur dans la poitrine imposent d’appeler le 15.
- Des chevilles gonflées des deux côtés en fin de journée relèvent le plus souvent d’un mauvais retour veineux, à faire vérifier si cela persiste.
Pourquoi la cheville gonfle-t-elle après une course ?
Parce que du liquide s’accumule dans les tissus, soit à la suite d’un traumatisme local (torsion, choc), soit à cause d’un défaut de circulation veineuse ou d’une autre cause générale. Le mot médical est œdème : une infiltration des tissus par un liquide. Les gonflements localisés après un faux pas évoquent une entorse ; ceux qui touchent les deux chevilles, surtout le soir, évoquent plutôt un problème de retour veineux. Seul un médecin peut établir le diagnostic.
Santé.fr, le service public d’information en santé, précise que le plus souvent les jambes gonflées viennent d’une insuffisance veineuse : les veines renvoient moins efficacement le sang vers le cœur. Les gênes sont plus marquées en fin de journée ou dans les jours qui précèdent les règles. Il faut cependant vérifier que l’œdème n’est lié ni à une phlébite, ni à un problème cardiaque, ni à une maladie rénale. Certains médicaments peuvent aussi provoquer des œdèmes : n’arrêtez jamais un traitement prescrit sans l’avis du médecin.
Un gonflement qui s’accompagne d’une douleur précise sur un os de la cheville ou du pied peut aussi signaler une atteinte osseuse, d’où la radiographie décrite plus bas.
Quels signes imposent de consulter ?
Une radiographie est indiquée dès qu’au moins un critère d’Ottawa est présent, selon la synthèse VIDAL Recos sur l’entorse de cheville (mise à jour du 19 juillet 2019).
- Âge inférieur à 18 ans ou supérieur à 55 ans.
- Impossibilité de se mettre en appui juste après le traumatisme et lors de la consultation (impossible de faire 4 pas).
- Douleur à la palpation osseuse du bord postérieur du péroné ou du tibia sur 6 cm de hauteur, ou de la pointe d’une des deux malléoles.
- Douleur à la palpation de l’os naviculaire ou de la base du 5e métatarsien.
Ces règles servent à écarter une fracture : une revue systématique publiée dans le BMJ en 2003, sur 27 études et 15 581 patients, conclut que leur sensibilité est proche de 100 % et que leur usage réduit de 30 à 40 % le nombre de radiographies inutiles. Appliquer ces critères relève du médecin ou du kinésithérapeute, pas d’un auto-examen : en cas de doute, consultez le jour même, chez le médecin traitant ou aux urgences si l’appui est impossible.
| Ce que vous constatez | Conduite |
|---|---|
| Torsion, appui impossible (moins de 4 pas), ou douleur sur un os de la cheville ou du pied | Consultation rapide avec radiographie |
| Gonflement discret, appui possible, douleur modérée | Protocole GREC, réévaluation entre le 3e et le 5e jour |
| Gonflement d’une seule jambe, douleur profonde, chaleur, rougeur | Consultation médicale en urgence, ne pas masser |
| Essoufflement ou douleur dans la poitrine | Appeler le 15 |
| Gonflement des deux chevilles le soir, qui revient | Rendez-vous avec le médecin traitant |
Que faire dans les premiers jours ?
Appliquez le protocole GREC (Glace, Repos, Élévation, Compression), associé à des antalgiques de palier 1 ou 2 si besoin, c’est-à-dire des médicaments contre la douleur à demander au médecin ou au pharmacien. VIDAL Recos précise que les anti-inflammatoires pris par voie orale n’ont pas démontré une efficacité supérieure à celle des antalgiques dans l’entorse de cheville.
Dès que l’œdème et la douleur ont cédé, un appui partiel puis total est autorisé, avec une immobilisation partielle de la cheville par orthèse ou strapping selon la gravité initiale ; des cannes anglaises peuvent être utiles les premiers jours. Une réévaluation entre le troisième et le cinquième jour fixe le degré de gravité de l’entorse et conditionne la suite. Elle repose sur des signes que seul un professionnel apprécie.
| Stade | Douleur | Gêne | Œdème | Ecchymose |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Minime | Minime | Discret | Absente |
| 2 | Variable | Certaine | Moyen | Limitée au bord externe du pied |
| 3 (entorse grave) | Persistante | Importante | Diffus | Dépassant le bord externe du pied |
Quand reprendre la course après une cheville gonflée ?
Pas tant que la cheville est gonflée et douloureuse : la reprise de l’appui n’est autorisée que lorsque l’œdème et la douleur ont cédé, et la cicatrisation du ligament est longue, de l’ordre de 6 semaines selon VIDAL Recos. Ce délai est un ordre de grandeur pour une entorse, pas une date de reprise : celle-ci dépend du stade, de l’avis du médecin ou du kinésithérapeute, et de la rééducation.
Avant de courir, la marche doit être possible sans boiterie ni douleur, et la cheville ne doit plus gonfler après l’effort. Reprenez alors par de courtes séances en alternant marche et course, comme dans l’article sur la reprise de la course à pied après une longue pause. Si le gonflement revient à chaque sortie, ou si la douleur persiste au-delà de six semaines, un nouvel avis médical s’impose ; l’article sur les bobos du coureur aide à repérer les autres blessures fréquentes.
Une cheville gonflée peut-elle être le signe d’une phlébite ?
Oui, c’est possible, surtout si un seul côté est touché. Santé.fr rappelle que lorsqu’une seule jambe est atteinte, un problème veineux localisé (phlébite) est à envisager, avec un œdème accompagné d’une douleur située profondément et d’une sensation de chaleur au niveau de la jambe.
Selon Vidal (mise à jour du 1er juillet 2022), une phlébite d’une grosse veine provoque une vive douleur dans le mollet ou la cuisse ; une rougeur chaude et douloureuse peut apparaître au-dessus de la veine touchée, et le mollet peut être très douloureux quand on relève la pointe du pied vers le genou. Dans la moitié des cas, la thrombose veineuse profonde donne peu de symptômes, voire passe inaperçue. L’apparition de ces signes justifie une consultation médicale en urgence, et il ne faut jamais masser la zone douloureuse, au risque de détacher le caillot. La complication la plus grave est l’embolie pulmonaire, qui se manifeste par un essoufflement, une douleur dans la poitrine et parfois une perte de connaissance : une hospitalisation en urgence est alors nécessaire. En cas de doute, appelez le 15 (Samu).
Questions fréquentes
Peut-on courir avec une cheville gonflée ?
Non, tant que l’œdème et la douleur persistent. VIDAL Recos n’autorise la reprise de l’appui qu’une fois ces signes disparus, avec une orthèse ou un strapping selon la gravité. Courir sur une cheville qui gonfle à chaque sortie justifie un avis médical.
Faut-il toujours faire une radio ?
Non. Une radiographie n’est indiquée qu’en présence d’au moins un critère d’Ottawa, ce qui évite 30 à 40 % de clichés inutiles selon une revue du BMJ de 2003. C’est au médecin d’en décider après examen.
Les anti-inflammatoires en comprimés sont-ils utiles ?
VIDAL Recos indique que les anti-inflammatoires par voie orale n’ont pas démontré leur efficacité par rapport aux antalgiques dans l’entorse de cheville. Demandez conseil au médecin ou au pharmacien avant de prendre quoi que ce soit.
Combien de temps met un ligament de cheville à cicatriser ?
La cicatrisation du ligament est longue, de l’ordre de 6 semaines, selon VIDAL Recos. D’où l’intérêt de l’orthèse et de la rééducation, même quand la douleur a disparu avant ce délai.
Peut-on masser une cheville gonflée ?
Pas si la jambe est gonflée d’un seul côté, chaude, rouge ou douloureuse en profondeur : Vidal déconseille formellement de masser une zone suspecte de phlébite, au risque de détacher un caillot. Dans ce cas, consultez d’abord un médecin.
Sources
Sources consultées le 23 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- VIDAL Recos, « Entorse de cheville », Vidal, mise à jour du 19 juillet 2019. Adresse : https://www.vidal.fr/maladies/recommandations/entorse-de-cheville-4026.html
- Vidal, « Thrombose veineuse (phlébite) : symptômes et complications », mise à jour du 1er juillet 2022. Adresse : https://www.vidal.fr/maladies/coeur-circulation-veines/thrombose-veineuse-phlebite/symptomes.html
- Santé.fr (Service public d’information en santé), « Jambes lourdes », publié le 12 août 2026. Adresse : https://www.sante.fr/jambes-lourdes
- Bachmann L. M. et al., « Accuracy of Ottawa ankle rules to exclude fractures of the ankle and mid-foot: systematic review », BMJ, 2003. Adresse : https://europepmc.org/article/MED/12595378
- Service-Public.fr, « Le 0 800 112 112 : un numéro qui vous rappelle en cas d’urgence » (liste des numéros d’urgence), mise à jour le 18 octobre 2024. Adresse : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A17758?lang=fr


