Pronateur, supinateur, universel : quel type de foulée avez-vous ?
2 août 2026 · 7 min de lecture · Hermine Moulin

Au rayon running, le vendeur demande si vous êtes pronateur, supinateur ou universel, et la question tombe comme un examen que l’on n’a pas révisé. Beaucoup de coureurs ressortent avec une paire « de stabilité » ou « neutre » sans savoir ce que ce choix change. Pronateur, supinateur, universel : la réponse à « quel type de foulée avez-vous ? » reste pourtant plus nuancée que les étiquettes des fabricants, et les études sérieuses ne confirment pas toutes les idées reçues.
En bref
- Dans une étude danoise sur 927 débutants, la posture de 1 854 pieds a été classée : environ 70 % étaient neutres, 23 % supinés et 8 % pronateurs, ce qui contredit l’idée que près d’un coureur sur deux serait pronateur.
- Chez ces débutants chaussés en neutre, la pronation modérée n’était pas associée à plus de blessures ; l’étude ne permet pas de conclure pour les pieds très pronateurs.
- Seul un examen statique et dynamique par un podologue donne une réponse fiable sur le pied, et il se justifie surtout en cas de douleur répétée au genou, au tendon d’Achille ou sous le pied.
- Pour acheter, les critères reconnus sont le poids, la forme du pied, la discipline et le sol, avec le confort comme premier filtre.
Quelle part de coureurs est pronatrice, supinatrice ou neutre ?
La majorité des coureurs a un pied neutre, et les pieds pronateurs sont moins nombreux qu’on ne le dit : sur 927 débutants danois, 1 292 pieds sur 1 854 (environ 70 %) étaient neutres. La pronation désigne un pied qui s’affaisse vers l’intérieur après le contact avec le sol, la supination un pied qui roule vers l’extérieur ; le pied neutre, ou « universel », ne penche franchement d’aucun côté.
| Posture du pied (Foot Posture Index) | Nombre de pieds | Part approximative |
|---|---|---|
| Très supiné | 53 | 3 % |
| Supiné | 369 | 20 % |
| Neutre | 1 292 | 70 % |
| Pronateur | 122 | 7 % |
| Très pronateur | 18 | 1 % |
Cette répartition vient du département de santé publique de l’université d’Aarhus : elle décrit la posture statique du pied de coureurs qui débutaient, chaussés d’une chaussure neutre, et elle ne dit rien de la manière de poser le pied. Elle ne représente donc pas tous les coureurs, mais elle suffit à écarter l’idée que près de la moitié d’entre eux seraient pronateurs.
La pronation augmente-t-elle le risque de blessure ?
Chez les débutants chaussés en neutre, la pronation modérée n’a pas augmenté le risque de blessure dans l’étude de Nielsen et collaborateurs, publiée en 2014 dans le British Journal of Sports Medicine. Après 250 km de course, aucune différence significative n’apparaissait entre pieds neutres et pieds supinés ou pronateurs, et les pronateurs comptaient même moins de blessures par 1 000 km de course que les pieds neutres.
Les auteurs écrivent que ces résultats contredisent la croyance répandue selon laquelle la pronation modérée augmente le risque de blessure, tout en précisant que d’autres travaux sont nécessaires pour savoir si les pieds très pronateurs sont plus exposés. Une revue de 2015 du British Journal of Sports Medicine signale elle aussi l’absence de preuve concluante qui ferait de la pronation de la cheville un prédicteur majeur des blessures de course.
Les chercheurs nuancent cependant en mesurant la pronation en mouvement : dans une étude de 2017 sur 79 coureurs masculins, ceux dont la pression se portait davantage sur la partie interne du pied pendant l’appui avaient 16 points de plus de risque de blessure du tendon d’Achille, de fasciopathie plantaire ou de syndrome de stress tibial médial après 1 500 km. Ces trois blessures représentent environ 25 % des blessures de course des coureurs de loisir, mais l’échantillon est restreint et l’étude appelle une confirmation.
Comment connaître son type de foulée ?
La réponse la plus fiable vient d’un pédicure-podologue, qui réalise un examen statique et dynamique du pied. L’Ordre national des pédicures-podologues rappelle que lombalgies, douleurs du genou et douleurs articulaires peuvent trouver leur origine dans un problème de pieds passé inaperçu.
Les études utilisent un outil d’examen clinique, le Foot Posture Index, qui classe la posture du pied en cinq catégories. Cet indice est un repère de posture statique, qui n’épuise pas la manière dont le pied travaille en course.
Quelles chaussures choisir selon son pied ?
Choisissez d’abord une chaussure confortable : la revue de Nigg propose que le coureur sélectionne intuitivement un produit confortable, qui lui permet de rester dans son « chemin de mouvement préféré » et réduit peut-être automatiquement le risque de blessure. Vidal demande de tenir compte du poids, de la forme du pied, de la discipline et du sol d’entraînement, la chaussure jouant un rôle d’amortisseur sur les tendons, les articulations, les muscles et le dos. La Fédération française de cardiologie rappelle que de mauvaises chaussures infligent des chocs répétés qui favorisent à la longue les blessures.
| Situation | Ce qui est établi | Conduite |
|---|---|---|
| Débutant sans douleur, pied neutre ou légèrement pronateur | Pas de sur-risque démontré en chaussure neutre | Chaussure confortable, bien ajustée |
| Douleur répétée au genou, au tendon d’Achille ou sous le pied | Le pied peut influencer le genou et le tendon | Examen chez un podologue ou un médecin du sport |
| Pied très pronateur | Risque non tranché par l’étude danoise | Avis d’un podologue |
Pour la méthode d’essayage, voyez comment choisir ses chaussures de running quand on débute, et le guide du drop pour ne pas confondre ces deux critères.
Quand consulter un podologue ou un médecin ?
Consultez dès qu’une douleur du pied, du tendon d’Achille ou du genou revient d’une sortie à l’autre. Pour une douleur au genou, Vidal conseille l’avis d’un podologue en plus du médecin, car le pied peut modifier le positionnement de la rotule quand le genou fléchit en charge. Le guide sur la douleur au genou du coureur détaille les signes qui imposent une consultation.
Le tendon d’Achille mérite une attention particulière : les signes précurseurs d’une tendinite sont des douleurs pendant ou après l’effort, ou de petits nodules de 5 mm à 2 cm sur le tendon. Le rendez-vous se prend avec votre médecin traitant ou un médecin du sport, qui vous orientera vers un podologue si nécessaire.
Questions fréquentes
Poser le talon, est-ce être pronateur ?
Non, ce sont deux notions différentes : l’attaque du pied décrit quelle partie touche le sol en premier, la pronation décrit la posture du pied. Dans une course de longue distance, 88,9 % de 936 coureurs posaient le talon en premier, alors qu’environ 8 % seulement des pieds de l’étude danoise étaient pronateurs ou très pronateurs.
La supination expose-t-elle à plus de blessures ?
Pas dans l’étude de Nielsen : après 250 km, les différences de risque entre pieds supinés et pieds neutres n’étaient pas significatives (écart de moins 1,4 point pour les pieds supinés, de plus 11 points pour les pieds très supinés, avec de larges marges d’incertitude). Les pieds très supinés sont peu nombreux dans l’échantillon, ce qui limite la conclusion.
Pourquoi les études parlent-elles de « posture du pied » plutôt que de foulée ?
Parce qu’elles mesurent d’abord la posture statique avec un outil d’examen, le Foot Posture Index. Une étude plus récente mesure la pression sous le pied pendant la course sur tapis, une approche dynamique qui semble relier davantage la pression interne à certaines blessures.
Un débutant doit-il faire analyser sa foulée avant d’acheter ?
Ce n’est pas indispensable pour commencer : les débutants de l’étude danoise couraient tous en chaussure neutre, et le confort reste le premier critère. Si une douleur apparaît ou revient, c’est alors un examen par un podologue qui est utile.
Que faire si le tendon d’Achille ou l’arche du pied font mal ?
Réduisez la course et prenez rendez-vous avec votre médecin traitant ou un médecin du sport. Les tendinites d’Achille, les fasciopathies plantaires et les syndromes de stress tibial médial représentent environ 25 % des blessures de course des coureurs de loisir.
Sources
Sources consultées le 23 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- Ordre national des pédicures-podologues, « Pourquoi consulter un pédicure-podologue ? », onpp.fr. https://www.onpp.fr/espace-patient/pourquoi-consulter-un-pedicure-podologue/
- Vidal, « Syndrome fémoropatellaire : fréquent et insuffisamment reconnu », vidal.fr, 5 décembre 2023. https://www.vidal.fr/actualites/30507-syndrome-femoropatellaire-frequent-et-insuffisamment-reconnu.html
- Vidal, « Prévenir les accidents de sprint » et « Prévenir les accidents de course d’endurance », vidal.fr, mis à jour le 22 novembre 2022. https://www.vidal.fr/sante/sport/prevention-accidents-sport/course-sprint.html ; https://www.vidal.fr/sante/sport/prevention-accidents-sport/course-footing-jogging-cross.html
- Nielsen R.O. et al., « Foot pronation is not associated with increased injury risk in novice runners wearing a neutral shoe: a 1-year prospective cohort study », British Journal of Sports Medicine, 2014, 48(6), p. 440-447. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23766439/
- Brund R.B.K. et al., « Medial shoe-ground pressure and specific running injuries: A 1-year prospective cohort study », Journal of Science and Medicine in Sport, 2017, 20(9), p. 830-834. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28446388/
- Nigg B.M. et al., « Running shoes and running injuries: mythbusting and a proposal for two new paradigms: preferred movement path and comfort filter », British Journal of Sports Medicine, 2015, 49(20), p. 1290-1294. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26221015/
- Fédération française de cardiologie, « Comment éviter les blessures sportives ? », fedecardio.org, 9 septembre 2016, modifié le 21 mai 2021. https://www.fedecardio.org/je-m-informe/comment-eviter-les-blessures-sportives/
- Larson P. et al., « Foot strike patterns of recreational and sub-elite runners in a long-distance road race », Journal of Sports Sciences, 2011, 29(15), p. 1665-1673. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22092253/


