Le drop d’une chaussure de running : comment le choisir ?
3 août 2026 · 7 min de lecture · Hermine Moulin

Devant le mur de chaussures d’un magasin, un chiffre revient sur chaque fiche technique, exprimé en millimètres : le drop. Le drop d’une chaussure de running intrigue autant qu’il divise, entre les adeptes des semelles presque plates et ceux qui ne jurent que par un talon généreux. Changer de modèle paraît anodin, mais personne n’a envie de découvrir une douleur au mollet trois semaines après l’achat parce qu’un chiffre a été mal compris.
En bref
- Le drop est la différence de hauteur entre l’arrière et l’avant de la chaussure à l’intérieur ; dans un essai randomisé mené sur 553 coureurs de loisir, un drop de 0, 6 ou 10 mm n’a pas modifié le risque global de blessure sur 6 mois, et ce qui compte surtout est de ne pas bouleverser les habitudes d’un coureur régulier.
- Chez les coureurs occasionnels, un drop faible (0 ou 6 mm) a été associé à moins de blessures, alors que chez les coureurs réguliers il a été associé à davantage de blessures.
- Dans une course de longue distance, près de neuf coureurs sur dix posent d’abord le talon au sol, et le type d’attaque du pied n’est pas relié au temps final sur marathon.
- Le drop n’est qu’un critère parmi le poids du coureur, la forme du pied, la discipline pratiquée et le sol.
Qu’est-ce que le drop d’une chaussure de running ?
Le drop est la différence de hauteur, mesurée à l’intérieur de la chaussure, entre sa partie arrière et sa partie avant. Un drop de 10 mm signifie que le talon repose 10 mm plus haut que l’avant-pied ; à 0 mm, le pied est à plat dans la chaussure.
Le drop décrit une inclinaison, pas une épaisseur de mousse. Il ne dit donc pas, à lui seul, si une chaussure est très ou peu amortie. L’inclinaison influence la manière dont le pied touche le sol : l’effet du drop sur le type d’attaque a été démontré, alors que son effet sur le risque de blessure n’avait jamais été étudié avant l’essai de 2016.
Comment le drop change-t-il la façon de poser le pied ?
Le drop modifie l’attaque du pied, mais la majorité des coureurs posent le talon en premier, quelle que soit leur chaussure. Sur 936 coureurs de longue distance observés à 10 km d’un semi-marathon ou d’un marathon, 88,9 % attaquaient du talon, 3,4 % du médio-pied et 1,8 % de l’avant-pied, et 5,9 % présentaient une attaque différente d’un pied à l’autre.
Le profil évolue avec la fatigue : sur 286 marathoniens suivis à 10 km puis à 32 km, un grand nombre est passé d’une attaque médio-pied ou avant-pied à une attaque du talon. Le type d’attaque n’était pas relié au temps de course sur marathon. Un coureur qui pose le talon n’est donc pas moins efficace, et rien n’indique qu’il faille changer d’attaque pour progresser.
Le drop influence-t-il le risque de blessure ?
Pas globalement : dans l’essai randomisé de Malisoux et collaborateurs, publié en 2016 dans l’American Journal of Sports Medicine, 553 coureurs de loisir ont reçu une paire de chaussures amorties standard avec un drop de 10, 6 ou 0 mm et ont déclaré leurs blessures pendant 6 mois. Comparés au drop de 10 mm, le drop de 6 mm (rapport de risque 1,30) et celui de 0 mm (1,17) n’ont pas produit de différence significative.
La différence apparaît quand on sépare les coureurs selon leur régularité. Un coureur occasionnel a pratiqué moins de 6 mois par an de façon hebdomadaire sur les 12 derniers mois ; un coureur régulier, 6 mois ou plus.
| Profil de coureur | Drop faible (0 ou 6 mm) comparé à 10 mm | Lecture |
|---|---|---|
| Tous les coureurs | Pas de différence significative (rapport de risque de 1,17 à 1,30) | Le drop seul ne change pas le risque global |
| Coureurs occasionnels | Rapport de risque de 0,48 (intervalle de 0,23 à 0,98) | Environ la moitié de blessures en moins |
| Coureurs réguliers | Rapport de risque de 1,67 (intervalle de 1,07 à 2,62) | Environ deux tiers de blessures en plus |
Les auteurs concluent que les chaussures à drop faible pourraient être plus risquées pour les coureurs réguliers, alors qu’elles semblent préférables pour les occasionnels. Il s’agit d’un seul essai de 6 mois, avec des blessures déclarées par les participants : il oriente, il ne tranche pas pour tous les profils.
Quel drop choisir selon son profil ?
Un coureur régulier gagne à rester sur le drop de ses chaussures actuelles tant qu’il court sans douleur, puisque c’est chez lui qu’un drop plus faible a été associé à davantage de blessures. Un débutant n’a pas d’habitude à préserver : l’essai suggère qu’un drop de 0 ou 6 mm ne lui est pas défavorable, mais il ne suffit pas à fonder un achat.
Vidal demande de choisir des chaussures adaptées en tenant compte de quatre facteurs : le poids du coureur, la forme de son pied, la discipline pratiquée et le sol d’entraînement. Les chaussures jouent un rôle d’amortisseur qui diminue les contraintes sur les tendons, les articulations, les muscles et le dos. Une chaussure inadaptée inflige des chocs répétés et favorise à la longue les blessures. Pour la méthode d’essayage et les erreurs de débutant, voyez comment choisir ses chaussures de running quand on débute.
Le drop reste un critère de fin de parcours : une paire qui fait mal au pied ou qui ne convient pas au terrain ne sera pas sauvée par un chiffre favorable sur la fiche technique.
Peut-on changer de drop sans se blesser ?
On peut changer de drop, mais pas à la légère : chez les coureurs réguliers, le passage à une chaussure à drop plus faible a été associé à 67 % de blessures en plus dans l’essai de 2016. Si vous courez déjà plusieurs fois par semaine depuis des mois, un changement de drop mérite le même sérieux qu’une hausse de volume.
Le tendon d’Achille est le tendon le plus exposé en course d’endurance : un marathonien effectue entre 32 000 et 40 000 foulées au cours d’une épreuve, autant de chocs sur cette zone du pied, et les tendinites sont à craindre. Les signes précurseurs sont des douleurs pendant ou après l’effort, ou de petits nodules palpables sur le tendon, de 5 mm à 2 cm. Devant ces signes, arrêtez les sorties et prenez rendez-vous avec votre médecin traitant ou un médecin du sport.
Une douleur au genou ne se règle pas non plus par un changement de drop : l’essai ne montre aucune différence globale de blessures entre 0, 6 et 10 mm. Le guide sur la douleur au genou du coureur indique quand consulter.
Questions fréquentes
Faut-il le même drop à l’entraînement et en compétition ?
Vidal suggère d’avoir une paire pour l’entraînement et une autre, plus légère mais moins protectrice, pour la compétition. Chez le coureur régulier, un drop plus bas ayant été associé à davantage de blessures, mieux vaut choisir deux paires au drop proche plutôt que de passer de 10 à 0 mm d’une sortie à l’autre.
Un drop faible rend-il plus rapide ?
Aucun lien n’a été trouvé entre le type d’attaque du pied et le temps de course chez les marathoniens étudiés. Choisir un drop faible pour gagner du temps n’a donc aucun appui dans ces données.
À partir de quand est-on un coureur régulier ?
Dans l’essai de 2016, le coureur régulier est celui qui a pratiqué de façon hebdomadaire pendant 6 mois ou plus au cours des 12 derniers mois. En dessous, il est classé comme occasionnel.
Faut-il posséder deux paires de chaussures ?
En cas de pratique fréquente, Vidal conseille deux paires, afin d’éviter de courir dans des chaussures humides, qui favorisent les ampoules et les mycoses. Alterner les paires laisse aussi le temps à chacune de sécher.
Que faire si le tendon d’Achille tire après un changement de chaussures ?
Arrêtez de courir et consultez votre médecin traitant ou un médecin du sport si la douleur survient pendant ou après l’effort, ou si vous sentez une petite boule sur le tendon. Revenir à l’ancienne paire ne remplace pas un avis médical.
Sources
Sources consultées le 23 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- Malisoux L., Chambon N., Urhausen A., Theisen D., « Influence of the Heel-to-Toe Drop of Standard Cushioned Running Shoes on Injury Risk in Leisure-Time Runners: A Randomized Controlled Trial With 6-Month Follow-up », American Journal of Sports Medicine, 2016, 44(11), p. 2933-2940. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27501833/
- Larson P. et al., « Foot strike patterns of recreational and sub-elite runners in a long-distance road race », Journal of Sports Sciences, 2011, 29(15), p. 1665-1673. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22092253/
- Vidal, « Prévenir les accidents de course d’endurance », vidal.fr, mis à jour le 22 novembre 2022. https://www.vidal.fr/sante/sport/prevention-accidents-sport/course-footing-jogging-cross.html
- Vidal, « Prévenir les accidents de sprint », vidal.fr, mis à jour le 22 novembre 2022. https://www.vidal.fr/sante/sport/prevention-accidents-sport/course-sprint.html
- Fédération française de cardiologie, « Comment éviter les blessures sportives ? », fedecardio.org, 9 septembre 2016, modifié le 21 mai 2021. https://www.fedecardio.org/je-m-informe/comment-eviter-les-blessures-sportives/


